
N’empêche qu’à partir deBourg-la-Reine, il dormait dans le fond du taxi. Le chauffeur l’éveilla àArpajon, devant le vieux marché au toit de chaume.
— A quel hôteldescendez-vous ?
— Continuez jusqu’au Carrefourdes Trois-Veuves…
Une montée, sur les pavés luisantd’huile, de la routenationale, avec, des deux côtés, les panneaux réclame pourVichy, Deauville, les grands hôtels ou les marques d’essence.
Un croisement. Un garage et ses cinqpompes à essence, peintes en rouge. A gauche, la route d’Avrainville, piquéed’un poteau indicateur.
Alentour, des champs à perte de vue.
— C’est ici ! dit lechauffeur.
Il n’y avait que trois maisons.D’abord celle du garagiste, en carreaux de plâtre, édifiée rapidement dans lafièvre des affaires. Une grosse voiture de sport, à carrosserie d’aluminium,faisait son plein. Des mécaniciens réparaient une camionnette de boucher.
En face, un pavillon en pierremeulière, style villa, avec un étroit jardin, entouré de grillages hauts dedeux mètres. Une plaque de cuivre : Emile Michonnet, assurances.
L’autre maison était à deux centsmètres. Le mur qui entourait le parc ne permettait d’apercevoir que le premierétage, un toit d’ardoise et quelques beaux arbres.
Cette construction-là datait d’aumoins un siècle. C’était la bonne maison de campagne du temps jadis, comportantun pavillon destiné au jardinier, les communs, les poulaillers, une écurie, unperron de cinq marches flanqué de torchères de bronze.
Une petite pièce d’eau en cimentétait à sec. D’une cheminée à chapiteau sculpté montait tout droit un filet defumée.
C’était tout. Au-delà des champs, unrocher, des toits de fermes, une charrue abandonnée quelque part à l’orée des labours.
Et, sur la route lisse, des autos quipassaient, cornaient, se croisaient, se doublaient.
Maigret descendit, sa valise à lamain, paya le chauffeur, qui, avant de regagner Paris, prit de l’essence augarage.
