Une légère hésitation. Une nouvelleinclination de la tête.

— Veuillez me suivre…

On contourna le bâtiment. Derrières’étalait une pelouse assez vaste que dominait une terrasse. Toutes les piècesdu rez-de-chaussée s’ouvraient de plain-pied sur cette terrasse par de hautesportes-fenêtres.

Aucune chambre n’était éclairée.Dans le fond du parc, des écharpes de brouillard voilaient le tronc des arbres.

— Vous permettez que je vousmontre le chemin ?

Andersen poussa une porte vitrée etMaigret le suivit dansun grand salon tout feutré de pénombre. La porte restaouverte, laissant pénétrer l’air à la fois frais et lourd du soir, ainsi qu’uneodeur d’herbe et de feuillage humides. Une seule bûche lançait quelquesétincelles dans la cheminée.

— Je vais appeler ma sœur…

Andersen n’avait pas fait delumière, n’avait même pas paru s’apercevoir que le soir tombait. Maigret, restéseul, arpenta la pièce, lentement, s’arrêta devant un chevalet qui supportaitune ébauche à la gouache. C’était l’ébauche d’un tissu moderne, aux couleursaudacieuses, au dessin étrange.

Mais moins étrange que cetteambiance où Maigret retrouvait le souvenir des trois veuves de jadis !

Certains des meubles avaient dû leurappartenir. Il y avait des fauteuils Empire à la peinture écaillée, à la soieusée, et des rideaux de reps, qui n’avaient pas été retirés depuis cinquanteans.

Par contre, avec du bois blanc, onavait bâti le long d’un mur des rayons de bibliothèque, où s’entassaient deslivres non reliés, en français, en allemand, en anglais, en danois aussi sansdoute.

Et les couvertures blanches, jaunesou bariolées contrastaient avec un pouf désuet, avec des vases ébréchés, untapis dont le centre ne comportait plus que la trame.

La pénombre s’épaississait. Unevache meugla au loin. Et de temps en temps, un léger vrombissement pointaitdans le silence, s’intensifiait, une voiture passait en trombe sur la route etle bruit du moteur allait en se mourant.



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