
Trop étranger surtout à la vie detous les jours ! Peut-être trop étranger tout court !
Cet accent… Cette correction absoluede Carl et son monocle noir… Ce mélange de somptuosité et de vieilleries écœurantes…Jusqu’à la robe d’Else, qui n’était pas une robe comme on en voit dans la rue,ni au théâtre, ni dans le monde…
A quoi cela tenait-il ? Sansdoute à sa façon de la porter. Car la coupe était simple. Le tissu moulait lecorps, enserrait même le cou, ne laissant paraître que le visage et les mains…
Andersen s’était penché sur unetable, retirait le verre d’une lampe à pétrole datant des trois vieilles, unelampe à haut pied de porcelaine, orné de faux bronze.
Cela fit un rond lumineux de deuxmètres de diamètre dans un coin du salon. L’abat-jour était orange.
— Excusez-moi… Je n’ai pasremarqué que tous les sièges étaient encombrés…
Et Andersen débarrassait un fauteuilEmpire des livres qui y étaient empilés. Il les posa sur le tapis, en désordre.Else fumait, debout, toute droite, sculptée par le velours.
— Votre frère, mademoiselle,m’a affirmé qu’il n’avait rien entendu d’anormal pendant la nuit de samedi àdimanche… Il paraît qu’il a le sommeil très dur…
— Très… répéta-t-elle enexhalant un peu de fumée.
— Vous n’avez rien entendu nonplus ?
— De particulièrement anormal,non !
Elle parlait lentement, en étrangèrequi doit traduire des phrases pensées dans sa langue.
— Vous savez que nous sommessur une route nationale. La circulation ne ralentit guère la nuit. Chaque jour,des camions, dès huit heures du soir, se dirigent vers les Halles et fontbeaucoup de bruit… Le samedi, il y a en outre les touristes qui gagnent lesbords de la Loire et la Sologne… Notre sommeil est entrecoupé de bruits de moteurset de freins, d’éclats de voix… Si la maison n’était si bon marché…
