
— Vous n’avez jamais entenduparler de Goldberg ?
— Jamais…
La nuit n’était pas encore complètedehors. Le gazon était d’un vert soutenu et l’on avait l’impression qu’on eûtpu compter les brins d’herbe, tant ils se détachaient avec netteté.
Le parc, malgré le manqued’entretien, restait harmonieux comme un décor d’opéra. Chaque massif, chaquearbre, chaque branche même était à sa place exacte. Et un horizon de champs,avec un toit de ferme, achevait cette sorte de symphonie de l’Ile-de-France.
Dans le salon, par contre, parmi lesvieux meubles, des dos de livres étrangers, des mots que Maigret ne comprenaitpas. Et ces deux étrangers, le frère et la sœur, celle-ci, surtout, qui jetait unenote discordante…
Une note trop voluptueuse, troplascive ? Pourtant elle n’était pas provocante. Elle restait simple dansses gestes, dans ses attitudes…
Mais d’une simplicité qui n’étaitpas celle qu’eût voulue le décor. Le commissaire eût mieux compris les troisvieilles et leurs passions monstrueuses !
— Voulez-vous me permettre devisiter la maison ?
Il n’y eut d’hésitation ni chez Carlni chez Else. Ce fut lui qui souleva la lampe, tandis qu’elle s’asseyait dansun fauteuil.
— Si vous voulez me suivre…
— Je suppose que c’est surtoutdans ce salon que vous vous tenez ?…
— Oui… C’est ici que jetravaille, que ma sœur passe le plus clair de ses journées…
— Vous n’avez pas dedomestique ?
— Vous savez maintenant ce queje gagne. C’est trop peu pour me permettre de me faire servir…
— Qui prépare les repas ?
— Moi…
C’était dit simplement, sans gêne,sans honte, et, comme les deux hommes atteignaient un corridor, Andersen poussaune porte, tendit la lampe vers la cuisine en disant du bout des lèvres :
— Vous excuserez le désordre…
C’était plus que du désordre.C’était sordide. Un réchaud à alcool baveux de lait bouilli, de sauce, degraisse, sur une table couverte d’un lambeau de toile cirée. Des bouts de pain.Un reste d’escalope dans une poêle posée à même la table et, dans l’évier, dela vaisselle sale.
